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QUESTION FONCIÈRE A SAABA : quand des zones d’ombres entourent un recensement de la SONATUR

D 6 mars 2018     H 11:54     A Toute info     C 0 messages


Les 23 et 27 janvier 2018, l’atmosphère s’était surchauffée dans un quartier de la commune de Saaba, l’une des communes rurales de la province du Kadiogo. Kalsin, c’est le nom du quartier en question. Une zone non aménagée (zone lotie), située dans la partie nord de l’université Saint Thomas d’Aquin (USTA). A ces dates-ci, des opérations de recensement auraient été prévues dans ladite zone par la société nationale d’aménagement de terrains urbains (SONATUR). Mais, des populations s’y sont opposées et ont même détruit des boites de peinture apportées pour la circonstance. Ce n’est que près d’un mois après que ce recensement a finalement été effectif. Mais dans quelles conditions ? Gros plan sur une affaire foncière qui n’a pas encore dévoilé tous ses secrets.

Tout est parti le 23 janvier 2018. Ce matin là, des agents recenseurs font irruption, pour disaient-t-ils, « entreprendre un recensement des habitats de la zone non lotie de Kalsin ». Rapporte un habitant. Mais très vite, l’opération fut stoppée par un groupe de personnes qui seraient des « propriétaires terriens ». C’est le début des spéculations de tout genre. Les résidents de ladite zone qui avouent avoir été surpris, semblent désarçonnés par la situation. C’est dans cette « psychose », que le 27 janvier avait été prévue comme nouvelle date pour le recensement. Une information que certains résidents reconnaissent avoir apprise la veille aux environs de 22 heures à travers un crieur public qui sillonnait la zone à moto. « Demain ne sortez pas de vos maisons, un recensement est prévu dans le quartier », était en substance le message distillé. Comme il fallait s’y attendre, les populations concernées s’étaient mobilisées pour la circonstance. Mais voilà que l’information relative à l’échec de l’opération s’était par la suite emparée de tous. Effectivement, les « propriétaires terriens » qui s’étaient opposés dès la première tentative étaient revenus à la charge. Le même scénario s’était encore reproduit : des boites de peinture apportées pour certainement le numérotage, ont été détruites comme c’était le cas le 23 janvier dernier.

Aucune information officielle ?

Les deux tentatives de recensement constituent le début des questionnements chez les populations résidentes dans la zone. Qui veut faire ce recensement ? Les lotissements ont-ils repris ? Pourquoi aucune information n’a filé autour de l’opération ? Au sein des habitants, les spéculations vont bon train à défaut d’une information officielle. Si les uns ont un regard tourné vers la SONATUR qui aurait émis le vœu dans le passé de s’approprier les lieux pour y construire une cité relais, d’autres indexent la mairie de Saaba d’être derrière l’opération. Certains même avancent qu’une société immobilière privée veut passer par la mairie pour s’octroyer les lieux. C’est dans cette situation que les populations résidentes dans le quartier, à travers environ sept associations, se retrouvent en une sorte de coalition pour s’entendre sur la conduite à tenir. De jour comme de nuit, des témoignages nous ont fait état de rencontres, réunions, assemblées générales, autour de la question.

Une zone SONATUR sans signalisation ?

Le débat sur la probable appartenance de la zone à la SONATUR a fait surface. Un résident qui s’estime parmi les premiers occupants, explique que depuis 2001, année au cours de laquelle il a acquis sa portion de terre, il n’y avait ni bornes ni autres signes indiquant que la zone appartiendrait à une quelconque société. Ce n’est qu’en 2006 où il n’y avait toujours pas de mairie que lui et les rares habitants qui y étaient ont aperçu des gens venus pour le bornage des lieux. « Nous nous sommes opposés parce qu’on ne nous avait rien dit au préalable et c’est à la préfecture où nous nous sommes rendus pour comprendre que le préfet à l’époque nous a confié être effectivement au courant d’une demande de la SONATUR pour faire de la zone sa propriété, tout en précisant qu’en sa connaissance aucune réponse n’avait été donnée », s’est-il rappelé. Il se souvient également qu’en 2008, un recensement des habitats de la zone avait été effectué par la municipalité de Saaba alors dirigée par le maire Henry Ouédraogo, « c’est après ça que la femme maire de Saaba (Ndlr :Josiane Kabré) est venue ici dire que la zone appartient à la SONATUR, on ne comprenait rien jusqu’à ce qu’elle parte et il n’y avait plus eu de suite jusqu’à l’insurrection. Sous la transition, il y a eu des tentatives de la part de la SONATUR de s’intéresser à la zone et nous avons dit que tant qu’il n’y a pas une démarche officielle pour aborder la question, personne n’allait être autorisé à faire quoi que ce soit dans la zone », a-t-il poursuivit.
Les évènements de janvier 2018 constituent donc un autre épisode de cette affaire foncière. Après l’échec de la première tentative de recensement, des responsables d’associations de résidents nous ont confié s’être rendus à la mairie pour comprendre la situation. Selon un d’entre eux, on les a fait comprendre que c’est une opération de la SONATUR, mais c’est pour le bien des résidents. L’interlocuteur municipale de leur demandé alors un accompagnement pour la réussite du recensement. Un autre leader de la coalition des associations de résidents a confié qu’ils sont revenus mobiliser les résidents pour accompagner l’opération, « mais heureusement pour nous, les propriétaires terriens sont revenus une deuxième fois empêcher le recensement. Heureusement parce que c’est après ça que nous avons compris qu’il y a quelque chose qui n’est pas clair. Parce qu’un recensement normal ne devrait pas être comme ça », a-t-il ajouté. Ainsi, les résidents à travers leurs associations ont fait appel à d’autres structures comme « No vox » pour ses conseils. A l’issue d’une assemblée générale tenue le 1er février 2018, à en croire un responsable d’associations, lui et ses camarades sont convenus à la lumière des conseils de No Vox, que « si c’est effectivement un recensement, la mairie ou la SONATUR, doivent venir d’abord s’entretenir avec les résidents pour leur expliquer les tenants et les aboutissants de l’opération ». Ce message est certainement arrivé à bon port, puisque le 20 février dernier, responsables d’association de résidents, représentants de propriétaires terriens, autorités municipales de Saaba et de la SONATUR, en présence de responsables sécuritaires étaient en concertation dans les locaux de la mairie. Une rencontre au cours de laquelle la SONATUR aurait fait un exposé du schéma du recensement qu’elle compte opérer. Séance tenante, des résidents de la zone auraient désapprouvé la procédure du recensement. Ces derniers souhaiteraient avoir plus d’éclaircissements sur l’opération. Mais le lendemain 21 février, les populations de la zone sont conviés à une rencontre à la préfecture de Saaba. Une fois sur les lieux où nous y étions, c’est le maire Joseph Dipama qui leur a indiqué en substance, qu’un recensement est prévu le jeudi 22 février par la SONATUR dans la zone où elles habitent. Il dit attendre d’elles un accompagnement de ladite société pour réussir l’opération de recensement, qui prévoit leur attribuer des terrains sur un autre site. A cet effet, le maire a instruit aux résidents de choisir cinq personnes qui vont accompagner les agents recenseurs. Un message très bref qui n’était pas suivi de questions. A la suite de cette rencontre avec le maire, des divergences naissent entre les résidents. D’un côté ceux qui voulaient le recensement toute de suite et maintenant et d’un autre côté ceux qui estimaient qu’il va falloir plus d’informations autour de l’opération avant tout accompagnement. Des entrevues se sont multipliées entre résidents. Très vite, le leadership des associations de résidents qui initiaient des démarches est remis en cause, occasionnant de vives disputes. Certains résidents qui seraient contre l’immédiateté de l’opération auraient reçu des menaces afin qu’ils changent d’avis. C’est à ce prix que le recensement a finalement eu lieu les 22 et 23 février 2018. Si certains se réjouissent d’avoir eu des numéros sur leurs habitats, d’autres n’en finissent pas avec moult interrogations sur les contours dudit recensement. (Nous y reviendrons)

Des propriétaires terriens optimistes, des résidents pessimistes

Si du côté des résidents il y avait toujours une certaine réticence à accompagner l’opération de recensement, les propriétaires terriens qui avaient pesé pour l’échec des premières tentatives, semblent avoir eu un terrain d’entente avec la SONATUR. Un de leur représentant qui dit suivre de près le dossier, explique que c’est en 2002 qu’un terrain a été retiré à une association et attribué par la suite à la SONATUR à la suite d’un conseil de ministre. Et que c’est en voulant borner son terrain autour de 2008 que la SONATUR a pénétré dans les champs de culture de leurs parents. Depuis lors, ils disent avoir entrepris des démarches pour entrer dans leur droit. Des promesses leur avaient été faites de prendre en compte leurs doléances avant toute opération dans la zone. Mais voilà qu’un matin de janvier 2018, explique notre source, les propriétaires apprennent que la SONATUR veut lancer ses opérations d’aménagement sans leur donner aucune information. Et c’est pourquoi lui et ses camarades se sont mobilisés pour s’opposer à l’opération à deux reprises. C’est à ce prix, a-t-il poursuivit, que des concertations ont finalement eu lieu entre la mairie, la SONATUR et les propriétaires terriens le 12 février passé pour s’accorder sur des préalables avant le début de l’opération.
Contrairement aux propriétaires terriens, les résidents de la zone ne finissent pas de s’interroger sur ce recensement. En témoigne ces propos d’un responsable d’association de résidents : « comment la SONATUR accompagnée par la mairie veut nous déguerpir sans nous dire c’est où elles vont nous amener ? Et quelles sont ces personnes qui viendront habiter dans notre zone-là ? Ce sont des Burkinabè où ce sont des gens qui viennent d’ailleurs ? Si ce sont des Burkinabè comme nous, la SONATUR devra aller aménager ailleurs leur donner. Si c’est la mairie qui vient pour nous recenser et lotir le coin pour nous, ça c’est tout à fait normal, parce que nous sommes des Burkinabè aussi ».

…celui qui n’a pas les moyens n’a pas le droit

Pour certains résidents, l’accompagnement de la mairie ou de la SONATUR ne causerait pas de problème si ces dernières veulent le bien des populations qui vivent dans la zone. « Mais si elles veulent nous forcer comme quoi toujours celui qui n’a pas les moyens n’a pas le droit, nous nous allons nous battre, nous allons rester sur nos pieds, nous sommes déterminer, jusqu’à ce qu’ils nous fassent quoi que ça soit, si non nous nous sommes prêts à aller affronter à tout moment s’il y a le flou. Que les autorités sachent que sans le pauvre, le riche n’est rien. Il ne faut pas prendre celui qui ne peut pas payer une parcelle comme si ce n’est pas un citoyen, comme si ce n’est pas un burkinabè », s’insurge un leader d’association de résidents. Il poursuit avec cet appel qu’il dit lancer à l’endroit des autorités, « qu’elles ouvrent l’œil sur les lotissements…, qu’elles sachent qu’un Burkinabè est un Burkinabè, il n’y a pas deux façons d’être Burkinabè. Il ne faut pas laisser les sociétés immobilières publiques ou privées prendre toutes nos places pour vendre à ceux qui ont des millions. Ils n’ont qu’à penser qu’ils ont des parents qui n’ont pas de millions pour payer de parcelle mais ils vivent à Ouaga ».

La zone est prise d’assaut par de nouveaux arrivants.

Les tentatives de recensement ont rendu le quartier encore plus attractif. En effet, après quelques tournées effectuées dans certaines artères, le constat est que la zone est devenue un point de chute de nouveaux arrivants. Des constructions de murs et de tôlages de vielles maisons se font à la hâte, tout comme de nouvelles maisons y poussent comme de champignons. Même les basfonds n’échappent pas aux constructions.

Après l’échec des premières tentatives également, le temps était très propice aux rumeurs. « Une trouvaille d’hommes politiques aux fins de recruter des partisans », estime un résident. Ces derniers seraient passés par certains habitants pour établir des listes clandestines de résidents, à qui assurance a été donnée de leur attribuer une parcelle. En contre partie immédiate, il serait demandé à ces résidents, de convaincre leur entourage pour accompagner l’opération de recensement afin qu’elle aboutisse. A certains d’entre eux, il est même confié que la SONATUR aurait loti et viabilisé une autre zone en parcelles de 450 m2 au profit des futurs déguerpis du quartier Kalsin. Des racontars que certains résidents ont pris comme argent comptant sans en avoir la moindre assurance.

Silence radio à la SONATUR

Du côté de la SONATUR, depuis la première tentative de recensement qui a échoué, nous poursuivons la structure pour en savoir plus sur ses projets dans la zone de Saaba. Certes, une source à la SONATUR nous avait confié que la société a un projet de recensement dans la zone de Saaba. Mais quelle est la zone concernée ? Comment se sont faites les transactions foncières ? Les résidents de ladite zone sont-ils informés ? Quelle sera la suite à donner audit recensement ? Etc.
Présence physique à la SONATUR, mail, messages, appel…, n’ont pas encore suffit pour avoir des réponses à toutes ces questions. Nous attendons toujours la réaction de la SONATUR.
Cependant, nos différentes tournées dans les artères de la zone, nous ont permis d’apercevoir ces traces murales portant le nom de la SONATUR.

Dasmané Niangané, (Collaborateur)

TOUTE INFO, quotidien d’informations en ligne

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