RSS 2.0 twitter google facebook youtube



Infos en boucle


Vous êtes ici : Accueil » Actualité

Version imprimable de cet article Version imprimable


Rétrospective 2019 : La France, ennemie jurée des populations sahéliennes

D 4 janvier 2020     H 18:36     A ALAIN YAMEOGO     C 0 messages


On ne pourrait faire un bilan de l’année écoulée sans revenir sur les relations entre la France et ses anciennes colonies ouest-africaines. Sans se tromper , la vie de couple entre la France et l’Afrique n’a jamais été aussi compliquée depuis les indépendances qu’au cours de cette année 2019.La montée en flèche du sentiment anti politique française a mobilisé plusieurs mouvements au Burkina Faso ,au Mali et au Niger pour demander non seulement le départ des troupes françaises engagées dans ces pays contre le terrorisme et la cessation de la monnaie FCFA et par-delà une redéfinition claire des relations entre Paris et les capitales ouest-africaines .

La France n’a jamais été aussi bouleversée dans son pré carré depuis les indépendances qu’en cette année 2019 .Des ambassades françaises au Mali ou au Burkina Faso jusqu’à l’Elysée, on a fait que jouer la carte de l’apaisement face à des populations en particulier une jeunesse remontée voire déchainée contre les méthodes et politiques françaises considérées de néocoloniales, d’asservissement, de deux poids deux mesures. Au Mali par exemple d’où le terrorisme a commencé à sévir et de l’appel à l’intervention de la force Barkhane en 2013, les populations n’ont guère été en odeur de sainteté avec la gestion de la crise par la France. Des manifestations ont été organisées pour dénoncer l’inefficacité de la MINUSMA et de la Force Barkhane. Le 06 avril 2019, plus de 50 000 personnes à l’appel de leaders religieux musulmans étaient dans les rues de Bamako pour demander le départ des troupes françaises. Avec des slogans parfois durs « France Dégage », « La France un Etat terroriste », les manifestants se convainquent que la France ne joue pas franc jeu dans la lutte contre le terrorisme. Mieux elle en est même la source de l’insécurité pour d’autres.

Par ailleurs, ces manifestations tout azimut ont été aidées en début novembre 2019 par une vidéo du célèbre chanteur Salif Kéita, vue par plus d’un million de fois. Dans cette vidéo, l’artiste déclare « La France poste des gens pour tuer des Maliens .Elle partage ensuite des rumeurs en disant que ce sont des djihadistes. » Et d’enfoncer le clou en reprochant au président malien Ibrahim Boubacar Kéita ,75 ans d’être soumis à son cadet Emmanuel Macron. Des propos aussitôt qualifiés par l’ambassade de France au Mali « d’infondés, diffamatoires et outranciers. Par contre l’opinion publique s’enflamme et l’artiste Salif Kéita est vu comme un héros.

Et que dire du Burkina Faso où l’opinion publique est restée hostile à la France et ses différentes interventions pour contrer le terrorisme. En effet et comme à l’accoutumée, la société civile organise depuis quatre ans des Journées Anti impérialistes. Ces journées pilotées par l’Organisation Démocratique de la Jeunes (ODJ) s’est tenue du 10 au 12 octobre 2019. Avec une forte mobilisation des syndicats et des populations, ces journées ont dénoncé sans détours la présence militaire française, considérée comme une autre forme d’impérialisme néocolonial.

C’est aussi à Ouagadougou en cette année 2019 que l’activiste panafricaniste Kemi Séba sera arrêté le 21 décembre après une conférence publique à l’université Joseph Ki-Zerbo. En outre, au cours de cette conférence face à près de 600 étudiants, Kemi Seba n’est pas passé du dos de la culière pour critiquer avec une virulence sans précédent la mainmise de la France sur les ressources du continent et ses dirigeants. Il qualifierait d’ailleurs le président burkinabè Rock Marc Christian Kaboré de « passoire politique. » Les bases militaires françaises, le FCFA sont entre autre les sujets de combat de Kemi Seba dont une frange importante de la jeunesse africaine partage les idéaux. On se souviendra également que Kemi Seba a été expulsé de la Côte-D’Ivoire et de la Guinée pour ses prises de positions radicales à l’égard de la France-Afrique.

Si les différents gouvernants en particulier maliens, nigériens et burkinabè tentent de minimiser le ressenti anti français, l’huile semble être de nouveau jeter dans le feu avec l’annonce de la réforme du FCFA par le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara et le président Emmanuel Macron le 22 décembre à Abidjan. Une reforme considérée comme une poudre aux yeux par des populations qui exigent d’un divorce radical avec Paris. Pour l’année 2020, rien n’est moins sûr que le regard de la France change puisqu’elle jouit déjà d’une mauvaise réputation dans l’esprit collectif de ces populations.

Synthèse : Alain Yaméogo

Version imprimable de cet article Version imprimable