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CISC:Tanwalbougou est devenu le « cimetière de la communauté peule »

D 18 mai 2020     H 16:03     A ALAIN YAMEOGO     C 0 messages



La déclaration du collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés le 18 mai 2020 à Ouagadougou. Il s’est agi pour le collectif de se prononcer sur la mort de 12 personnes à Tawalbougou, dans les locaux de la gendarmerie après l’interpellation de celle-ci.

Conférence de presse du 18 mai 2020
DECLARATION LIMINAIRE DU CISC sur les crimes de l’Est
Mesdames et messieurs,
Chers amis de la presse nationale et internationale,
Je voudrais avant tout propos vous remercier pour avoir effectué le déplacement à la présente, deux mois, quatre jours après la conférence de presse sur les tristes évènements de Dinguila et de Barga.
Mesdames et messieurs les journalistes
Nous avons été contraints, la mort dans l’âme, le cœur meurtri, de vous inviter dans cette même cour pour parler de nouveaux massacres sur 12 personnes, dont l’âge varie entre 20 et 70 ans, à Tanwalbougou, une localité située à quarante kilomètres de Fada N’gourma, dans l’Est du pays.

Un communiqué du procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Fada N’gourma, Monsieur Judicaël Kadeba, nous a appris que ces personnes ont été arrêtées pour suspicions de faits de terrorisme par le poste de gendarmerie de Tanwalbougou et sont mortes dans leurs cellules de détention. A l’en croire, 25 personnes ont été interpellées dans la nuit du 11 au 12 mai par les forces de défense et de sécurité à Tanwalbougou. Malheureusement, 12 d’entre elles ont trouvé la mort au cours de cette même nuit dans les cellules où elles étaient détenues.
Le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), comme à ses habitudes, porté par un esprit rationnel, la rigueur scientifique et le souci d’équité, a dépêché une équipe que j’ai eu la chance de conduire sur le terrain. Il s’est agi pour nous de vérifier les faits et recueillir des témoignages directs de première main et de répondre à un certain nombre d’interrogations.
Je m’en vais vous citer quelques-unes :
• les victimes ont-elles été enlevées la nuit ou le jour ? Elles étaient au nombre de combien ?
• les victimes ont-elles été interpellées sur le théâtre des opérations armées anti-terroristes ?
• sont-elles mortes dans les cellules de la gendarmerie à Tanwalbougou ?
• qui a acheminé les corps des victimes à Fada N’gourma ? Qui les a emballés dans des sachets plastiques ?
• pourquoi ces corps étaient-ils en putréfaction et baignaient tous dans le sang ?
• ont-ils été enterrés dans des tombes individuelles ?
• y a-t-il eu identification des corps en présence des familles ?
• Pourquoi confier l’enquête à la gendarmerie ?
Pour répondre à autant de préoccupations, nous avons rencontré des leaders religieux, des élus locaux, des présidents de comité villageois de développement, des survivants des massacres, des parents de victimes et des témoins des enlèvements, entre deux séances de travail avec la section locale du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP).
Mesdames et messieurs de la presse,

Qu’en est-il en réalité ?
Nous allons vous dire ce qu’il convient de dire, la main sur le cœur, sur la foi des témoignages des survivants desdits massacres et des personnes ressources.
Les pauvres, tous membres d’une même communauté linguistique, ont été enlevés manu militari, non pas la nuit mais dans la journée, aux environs de 13 heures, et c’est dans le marché de Kpentchangou (5km de Tanwalbougou), par des éléments de la gendarmerie nationale, renforcés par des Volontaires pour la défense de la patrie.
Bastonnés, humiliés, ils ont été rassemblés comme du bétail sur la place du marché, avant d’être emmenées à bord de deux véhicules 4 x 4, dit-on, vers l’est, c’est-à-dire en direction de la gendarmerie de Tanwalbougou. A partir de ce moment, on n’entendra plus parler d’eux, malgré les nombreuses initiatives locales.
Parmi les survivants qui témoignent aujourd’hui, il y en a qui doivent leur salut à l’agilité de leurs jambes ; d’autres, à la magnanimité de leurs amis d’ethnie gourmantché qui ont osé les cacher dans leurs maisons. Ils ont vu partir, impuissants leurs frères, leurs fils et leurs amis qu’ils ne reverront plus jamais. Ces derniers figurent sur la liste des victimes entreposées, entre temps à la morgue de Fada N’gourma, dans des conditions suspectes, recouvertes par des emballages en plastique, comme pour cacher quelques choses.

Les commanditaires de cette danse macabre ont été trahis par un sachet beaucoup plus transparent que les autres qui a permis au frère d’une victime, dont nous taisons le nom pour l’instant, de voir qu’il y avait du sang sur le corps, avec une tête écrabouillée et un sachet totalement ensanglanté. La présence du sang perceptible même sur les images de l’ensemble des corps, prouve à suffisance qu’ils ne peuvent pas être morts par suite d’asphyxie, mais plutôt à la suite de grandes hémorragies. Ceci pour dire qu’ils auraient été tués et abandonnés dans les broussailles. C’est certainement la pression des parents des victimes qui se sont déployés à la gendarmerie qui a amené les autorités à convoyer les corps à la morgue.
Je dois dire que ce crime n’est pas un acte isolé. Il ressort que Tanwalbougou est devenu le cimetière de la communauté peule. Des corps sans vie ont été abandonnés à ciel ouvert à portée des charognards et des chiens errants. On parle de cinq, six ou huit corps par-ci et par-là. Notre délégation a pu voir par elle-même six corps sans vie et en état de putréfaction très avancée à quelques encablures du CSPS de la localité. Sur ces corps les impacts de projectiles sont visibles à l’œil nue. Les parents de ces victimes nous ont déclaré qu’elles ont pourtant été arrêtées par la même gendarmerie il y’a de cela deux semaines. C’est donc Dieu qui a révélé leurs sales besognes à la face du monde, cette fois-ci.

Quelques fois, ce sont des chiens qui ramènent des membres de personnes humaines dans les familles
Ce qui est flippant et choquant, c’est que depuis cinq mois, il est quasiment impossible pour les membres de la communauté peule de se rendre, sans risque, au dispensaire, au marché et même d’emprunter un bus de transport en commun. Ils sont systématiquement enlevés et portés vers une destination inconnue et finissent assassinés.
Les hommes et les femmes que nous avons vus sont à la fois tétanisés, hébétés, dégoutés et fatigués. Toutefois, ils disent s’en remettre à Dieu.
Chers amis de la presse,
Il n’est pas superflu de dire que l’heure est extrêmement grave. Nous glissons progressivement vers un massacre systématique de pauvres gens, victimes de leurs origines sociales, si rien n’est fait et à temps. L’exemple de Tanwalbougou, orchestré par les forces armées étatiques, appuyées par les volontaires pour la défense de la patrie, expliqué maladroitement par le procureur de Fada, risque de faire tâche d’huile sur l’ensemble de la région de l’Est.
La crainte la plus absolue, c’est que tout le pays ne vienne à basculer dans la barbarie meurtrière. Ce qui s’est passé à Tanwalbougou est pratiquement similaire à ce qui s’est passé à Dinguila et à Barga, avec 50 morts ; Kaïn-Ouro et Bahn, avec 115 morts, et ailleurs.
Je dois dire qu’il n’est pas bien d’être peul dans les zones anxiogènes, marquées par d’intenses activités terroristes. Le peul est injustement stigmatisé et assimilé à un terroriste. Et pourtant ! S’il est admis que tous les peuls ne sont pas des musulmans ; tous les musulmans ne sont pas des terroristes, il faudra aussi accepter que tous les peuls ne sont pas des terroristes. Ceux qui le deviennent sont purement et simplement des hors-la-loi qu’il faut traiter comme tels
Fort malheureusement, nous avons l’impression que nous prêchons dans le désert, depuis les massacres de Yirgou où mêmes les Peuls qui étaient membres des groupes d’auto-défense Koglewéogo lancés à la poursuite des assaillants ont été tués, égorgés par leurs compagnons d’armes. A Yirgou, on avait déploré plus de 216 victimes.

Je souligne ici et maintenant, que le procédé d’élimination ciblée d’une ethnie est bien connue maintenant. Dans les jours à venir, et suivez avec nous, les survivants peuls de Tanwalbougou seront arrêtés et assassinés comme ceux de Yirgou, de Banh, de Barga, pour effacer toute trace. Tous les témoins des événements funestes précités qui avaient notamment donné des témoignages aux organisations internationales et aux médias, ont été systématiquement et lâchement trucidés.
Le plus grave dans ces affaires, et nous l’exprimons clairement ici, c’est l’implication ouverte de structures et d’agents officiels de sécurité d’une part, et l’absence totale de suites judiciaires de ces massacres d’autre part. Malgré toutes les démarches, aucun cas n’a vu l’arrestation, le jugement encore moins la condamnation des auteurs de ces actes indignes de structures d’un Etat qui se veut de droit.
Mesdames et messieurs les journalistes,
Nous dénonçons vivement les manœuvres divisionnistes des terroristes, des volontaires pour la défense de la patrie, des groupes d’autodéfense Kogleweogo et de plus en plus malheureusement de certains éléments des Forces de défense et de sécurité.
Nous exigeons :
• l’arrêt immédiat des crimes odieux, et l’arrestation immédiate et sans délai des volontaires pour la défense de la patrie impliqués dans ce nième crime odieux ;
• le relèvement du chef de poste de la gendarmerie de Tanwalbougou, Sayouba Simporé ;
La protection des témoins
• l’engament total des autorités de Fada N’gourma dans un processus sincère de vivre ensemble, dans la paix et le pardon ;
• la prise en charge gratuite des survivants et des blessées :
• le désarmement de tous ceux qui détiennent illégalement des armes de guerre, notamment les milices Koglweogos criminels et les Volontaires pour la défense de la patrie ;
• le respect des codes républicains et sans discriminations par les FDS dans la lutte contre le terrorisme ;
• Une commission spéciale d’enquête impartiale
• Une enquête parlementaire sur toutes les allégations d’exécutions commises par les FDS. Cette commission d’enquête parlementaire doit également s’appesantir sur tous les cas de disparition après des interpellations par des FDS
• Que les corps enterrés dans la fausse commune soient identifiés et restitués à leur famille pour des funérailles dignes de ce nom
• Que les circonstances des décès de chaque victime soit établi par un médecin légiste
Au regard de la faillite et des grandes défaillances dans la lutte le terrorisme, nous jugeons que le système de la défense du territoire burkinabè est un échec total. Ainsi dit, nous exigeons la démission du ministre de la défense afin que quelqu’un de plus compétent puisse assurer la fonction hautement stratégique de ministre de la défense nationale. Le capitaine François Zoungrana qui serait le supérieur hiérarchique des unités qui seraient spécialisées dans les exécutions sommaires en cours doit aussi démissionner pour rendre un grand service à la nation.
Pour terminer, je me dois de saluer, en mon nom propre et celui du collectif, l’organisation sœur du MBDHP pour son engagement à nos côtés pour la manifestation de la vérité et de la justice et les autres organisations de droits de l’homme qui œuvrent depuis à nos côtés.
Je m’en voudrais de ne pas vous saluer de nouveau, très chers amis de la

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