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Burkina Faso : Duperie par une classe politique en débandade

D 4 décembre 2020     H 00:00     A TOUTE INFO     C 0 messages


Au lendemain des résultats provisoires du double scrutin présidentiel et législatif, si l’on posait la question de savoir si, la démocratie au Burkina est sortie grandie de l’épreuve, la réponse est absolument NON. Il ne serait pas de trop de soutenir qu’une frange des Burkinabè se sentent désabusés. Et il y a, à cela, deux raisons.

La première est l’ampleur des problèmes matériels constatés le 22 novembre 2020, jour des scrutins. La Convention des organisations de la société civile pour l’observation domestique des élections (CODEL) qui a déployé environ 500 observateurs ce jour, en a dénombré une panoplie. La non disponibilité du matériel électoral dans certains bureaux de vote, notamment l’absence d’isoloirs, des listes d’électeurs, des procès-verbaux, la distribution erronée de bulletins de vote, des changements opérés dans des bureaux de vote, l’absence des noms d’électeurs sur la liste électorale, constituent bien d’incidents constatés par la CODEL.
Certains des manquements ainsi pointés du doigt se retrouvent dans les irrégularités soulevées par la Conférence des candidats signataires de l’accord politique de Ouagadougou (Opposition). C’est surtout le cas de la « modification à la dernière minute et de manière informelle, du nombre et de la cartographie des bureaux de vote retenus pour les élections, l’ouverture tardive et même la non ouverture de plusieurs bureaux de vote sur l’ensemble du territoire national, le transport non sécurisé d’urnes sur les motos, les erreurs d’adresse dans l’acheminement du matériel ».
« Le manque de lisibilité sur la cartographie des bureaux de vote, de consensus sur les modalités de centralisation des résultats et les difficultés opérationnelles observées ont entrainé le rejet par l’opposition des résultats provisoires », a notamment relevé la mission d’information et de contacts de la francophonie dans un communiqué au lendemain des élections.
Bref, dans leur conférence de presse du 23 novembre 2020, au moment même où la Commission électorale nationale indépendante égrenait les résultats de la présidentielle commune par commune, les opposants ont répertorié une dizaine de catégories de manquements. Dans le sillage de leur conférence de presse, les cinq commissaires de l’opposition se sont retirés des opérations de compilation des résultats.

Débandade de la classe politique

Mais comment comprendre qu’après avoir dénoncé autant de manquements et mis en cause la CENI et le parti au pouvoir, les signataires de l’accord politique défilent chez Roch Marc Christian Kaboré, sans même attendre la proclamation des résultats définitifs par le Conseil constitutionnel ?
A peine la conférence de presse terminée, que le porte-parole de l’opposition Taïrou Barry, candidat du Mouvement pour le changement et la renaissance, 5e de la présidentielle, s’est précipité au siège de campagne du MPP pour féliciter son candidat, jadis présenté comme mal élu. Il est devancé de peu par Gilbert Noël Ouédraogo de l’Alliance pour la démocratie et la fédération/ Rassemblement démocratique africain (7e) et Ablassé Ouédraogo du Faso Autrement (6e). Zéphirin Diabré, de l’Union pour le progrès et le changement, 3e homme de la présidentielle va leur emboîter le pas.
Face à un tel spectacle, le peuple burkinabè a dû tomber de haut. Et c’est justement dans cette posture d’hommes tournant casques à 360e degré qu’il faut chercher la deuxième raison pour laquelle les Burkinabè de bonne foi peuvent se sentir désabusés.
Au-delà des signataires de l’accord politique de Ouagadougou, l’opposition dans son ensemble manque l’occasion de faire progresser la cause de la transparence dans la démocratie au Burkina. L’on ne connaitra probablement plus l’ampleur des irrégularités dénoncées par l’opposition à la faveur du double scrutin et le fin mot de l’histoire. L’opposition s’étant débinée en plein combat en vue d’attester de la sincérité du vote et de la vérité des urnes, devrait-on encore nourrir des espoirs pour une amélioration de la démocratie burkinabè ? En tout cas, s’ils existent, ils ne devraient pas prendre racine sur une classe politique qui a réussi la prouesse de se contredire en quelques heures seulement. Du coup, les espoirs de lendemains meilleurs pour la démocratie au pays des Hommes intègres ne peuvent que s’appuyer sur une frange d’Organisation de la société civile, voire des syndicats.
La débandade ainsi orchestrée va forcément peser sur l’image de la classe politique au Burkina. Elle pourrait entacher à long terme, la crédibilité des opposants. Les discours virulents dont certains détiennent le secret, sur fonds de contestation, pourraient ne plus trouver d’échos au sein des populations.
Une classe politique en piteux état, prise à son propre piège, qui est de jouer constamment avec les lois là où elle doit être à cheval sur les principes, voilà l’image qui reste. Elle n’a point grandi au sortir des dernières élections, par conséquent, elle a fait reculer la démocratie au Burkina. L’opposition se donnera certainement un jour la peine d’expliquer de long en large sa posture, mais s’accrocher à l’argument de la cohésion sociale peut paraitre léger dans un moment où la survie du système démocratique est engagée.

La Rédaction

Éditorial N°003 du 4 décembre 2020
TOUTE INFO, journal d’investigation en ligne

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