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Société : Issaka Ouédraogo veut une loi qui va "considérer la dépigmentation comme étant un délit" au Burkina Faso

D 28 février 2022     H 19:11     A ALAIN YAMEOGO     C 0 messages



La dépigmentation est une pratique qui consiste à rendre clair sa peau. Ce phénomène qui se répand de plus en plus dans notre société comme un effet de mode n’est pas pourtant sans conséquences. Elle est considérée comme un problème de santé publique au Burkina Faso. Les initiatives pour endiguer le phénomène ne manquent pas. La plus emblématique est l’Initiative Africaine Stop Dépigmentation, lancée il y a quelque temps sur les réseaux sociaux par plusieurs personnes qui promeuvent la beauté naturelle. Notre rédaction www.touteinfo.com a rencontré le président de cette association, Issaka Ouédraogo,le 21 février 2022.Pour lui, les autorités doivent voter une loi qui considère la dépigmentation comme un délit et passible de poursuites judicaires .Lisez plutôt notre entretien.

TOUTE INFO : Bonjour M. Ouédraogo, vous avez récemment lancé une association pour alerte sur la dépigmentation. Pourquoi une telle initiative ?

Issaka Ouédraogo :C’est vrai. Nous venons de lancer une association qui s’appelle Initiative Africaine Stop Dépigmentation. Nous sommes tout d’abord partis d’un constat, le constat est qu’aujourd’hui la dépigmentation est devenue le troisième problème de santé publique au Burkina Faso après le paludisme et les maladies respiratoires. Face à ce constat des volontaires se sont retrouvés sur Facebook, parce que nous avons d’abord commencé à exprimer le mal sur Facebook ainsi de suite les amis se sont dit pourquoi ne pas créer une association pour essayer de porter le message, sensibiliser, faire connaitre un peu la problématique de la dépigmentation à l’opinion publique ; d’où la création de cette initiative dont l’objectif est exclusivement la lutte contre la dépigmentation et la promotion de la santé de la femme.

TOUTE INFO :
Quels sont les objectifs que visés à travers cette initiative ?

Issaka Ouédraogo :Les objectifs que nous nous sommes assignés, premièrement nous voulons faire de la sensibilisation. La sensibilisation c’est amener la population du Burkina à comprendre que la dépigmentation est d’abord un problème de santé publique. Deuxièmement nous voulons attirer l’attention des gouvernants de sorte qu’il y’ait des campagnes de sensibilisation pour montrer jusqu’où est le problème de la dépigmentation et ses conséquences. Troisièmement, c’est inviter les même gouvernants d’interdire l’entrée de ces produits dépigmentant au Burkina Faso. Au même moment nous les invitons à voter une loi pour considérer de nos jours la dépigmentation comme étant un délit, de telle sorte qu’on puisse arrêter une personne qui décide de se dépigmenter. Naturellement cette répression va permettre de minimiser un peu ou de faire abandonner la pratique. Egalement notre combat c’est de voir les forces morales. Les forces morales que sont les autorités coutumières et religieuses, c’est de faire en sorte que dans les prêches, dans les lieux de culte qu’on amène les fidèles à comprendre les conséquences de la pratique de la dépigmentation. Faire comprendre aux fidèles que si Dieu nous a créés à son image, si nous sommes noirs, il sait pourquoi il nous a créés noir et c’est à nous d’accepter cette création et de rester noir, rester à l’image de la créature, respecter la volonté de celui qui nous a créé noir et cela va permettre à beaucoup de fidèles noirs à comprendre que se dépigmenter c’est d’abord renoncer à Dieu, renoncer à son créateur, c’est de dire non pourquoi Dieu m’a créé noir, si vous êtes noir il faut l’accepter. Voilà autant de démarches que nous comptons mener au quotidien. Nous comptons également faire des campagnes de sensibilisation dans les écoles, des conférences publiques afin d’animer, d’attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur les méfaits de la dépigmentation.

TOUTE INFO : Quel a été le déclic dans la mise en place de cette association ?

Issaka Ouédraogo :Une fois j’ai été à l’hôpital Yalgado Ouédraogo pour rendre visite à un malade. Quelque temps après, les médecins ont évacué un malade qui venait d’une province. Et c’était une dame fortement dépigmentée et la dépigmentation avait atteint un stade où on ne pouvait rien faire pour la sauver. Ils ont tenté la perfusion et on ne retrouvait pas de veines. La bonne dame était en état de décomposition. C’était vraiment une situation de putréfaction et du coup je suis me indigné. Je suis me suis alors dit qu’est-ce qu’il faut faire pour sensibiliser l’opinion c’est de là qu’ est venue l’idée de partager des postes sur Facebook. De plus en plus j’ai constaté que les gens s’intéressaient beaucoup à mes publications et comme y’avait beaucoup d’interactions je me suis dit pourquoi ne pas créer une association et très vite les gens ont adhéré à la proposition et nous avons créé l’association le 12 novembre 2021 et à ce jour nous sommes à plus de 200 membres participants.

TOUTE INFO : Est-ce qu’il y a eu une adhésion des femmes à cette lutte ?

Issaka Ouédraogo :Oui il y’a des femmes qui nous appellent pour avouer qu’elles ont été touchées par nos messages de sensibilisation même si par moment nous les choquons et d’autres ont fait des aveux qu’elles ont abandonnées et elles nous ont rejoint. Dans le bureau exécutif la majorité ce sont des femmes, c’est un bureau de 17 membres dont 13 femmes, ce qui veut dire que les femmes même ont pris le problème et elles y sont.

TOUTE INFO:Qu’en était de la dépigmentation chez les hommes dans cette lutte ?


Issaka Ouédraogo
 : C’est vrai qu’au Burkina Faso, la dépigmentation qu’on attribuait depuis avant aux femmes, on constate aussi qu’il y’a des hommes qui le font. Mais il faut dire que la dépigmentation au niveau des hommes est minime. Elle n’est pas visible, c’est quelques rares hommes surtout les stars celles , qui sont dans le showbiz qui pratiquent la dépigmentation mais cela se compte au bout des doigts. C’est pourquoi nous mettons plus l’accent sur celle des femmes. C’est au niveau des femmes que la dépigmentation est bien visible et a même des conséquences.

TOUTE INFO : Est-ce que s’opposer à la pratique de la dépigmentation ne reviendrait pas à denier le droit des gens à disposer de leur corps ?

Issaka Ouédraogo :Ce n’est pas arbitraire. Contraindre la personne à ne pas disposer de son corps non, c’est bien au-delà. En fait quand c’est un problème de santé publique, l’Etat qui a le monopole des violences, des décisions peut prendre une décision qui va dans le sens de la protection de sa population. C’est pratiquement la même chose aujourd’hui lorsqu’on lutte contre le VIH-SIDA, on dit de porter des préservatifs, la même chose quand on lutte contre la pratique de l’excision, parce que le clitoris de la femme qu’on coupe est son corps mais il faut aujourd’hui arriver à dire que c’est son corps mais il y’a des conséquences, même si la femme veut pratiquer l’excision il faut l’interdire au regard du fait que cela va toucher à sa santé. Pour moi ce n’est vraiment pas des contraintes liées aux droits de l’homme, c’est plutôt un devoir, un droit pour l’état d’œuvrer pour la santé de sa population.

TOUTE INFO : Et que dites-vous de ceux qui pensent que la beauté c’est avoir une peau clair ?

Issaka Ouédraogo:C’est vrai mais c’est de l’ignorance car aujourd’hui pour toute personne qui est éclairée, qui a une vision très large de ce qu’est la dépigmentation, même sans sensibilisation la personne ne va pas la pratiquer. C’est un complexe pour tous ceux qui pensent que la beauté c’est être clair. Il faut de l’élévation mentale pour qu’aujourd’hui les gens puissent comprendre que la seule façon de vivre libre c’est de vivre africain, c’est cette manière que nous nous revendiquons. Nous revendiquons une renaissance de la femme africaine qui lui permet de se départir de ce complexe qui la fait croire que la beauté est claire. C’est faux.

TOUTE INFO : Quelle est l’approche chez les hommes dans ce combat ?

Issaka Ouédraogo :Je suis d’accord que notre constat où les études nous ont révélées que le plus souvent ce sont les hommes qui prennent en charge le coût des produits dépigmentant pour les femmes. Ce sont des hommes qui par complexe voudraient voir leur femmes teint clair. Le message de sensibilisation concernant les hommes, c’est d’abord montrer les conséquences. Pour un homme qui est conscient et qui connait les conséquences de la dépigmentation, il ne va pas entrainer sa femme dans cette pratique, parce qu’il y’a beaucoup d’hommes qui ne savent pas que la dépigmentation peut provoquer les cancers, les kystes, les difficultés de procréation voilà autant des conséquences qui ne sont pas mises au jour et que beaucoup ne maitrisent pas. Quand on ignorant, on pense qu’on connait, on peut mener des actions avec des conséquences dramatiques.

TOUTE INFO : Y-a-t-il une adhésion dans cette lutte contre la dépigmentation ?

Issaka Ouédraogo :Les gens nous appellent de partout pour nous dire que vraiment cette association est la bienvenue, qu’ils adhèrent à cette initiative. Nous venons de créer cette association, nous allons avoir une démarche participative, nous allons rencontrer les autorités, que ce soit des partenaires techniques, administratifs, financiers. Nous allons faire l’état des lieux et demander au gouvernement de nous accompagner et l’inviter à organiser des campagnes de sensibilisation car c’est son droit et son devoir d’œuvrer à la sensibilisation sur des pratiques qui sont néfastes à sa propre population. Si notre Etat ne le fait pas on se demande qui va le faire.

TOUTE INFO:Quel est votre message aujourd’hui ?

Issaka Ouédraogo : Le message que nous voulons lancer aujourd’hui c’est d’inviter la population que tu sois homme ou femme, il faudrait retenir que la dépigmentation est une pratique néfaste pour la santé et peut provoquer la mort dans le pire des cas. Aujourd’hui nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés qui pourront nous accompagner dans ce combat que l’accompagnement soit technique, financier nous nous sommes preneurs. C’est un combat général pour tous les africains, cette pratique ne touche pas seulement le Burkina Faso, elle touche tous les africains, aujourd’hui nous devons unir nos forces pour vaincre le mal.

Propos recueillis par Alain YAMEOGO/ChériFatou DRAME

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