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Politique : "Logiquement si on voulait un changement, Maitre Bénéwendé Sankara devrait être le Président à la place de Roch Kaboré" l’artiste Grand Docteur déballe l’actualité

D 7 avril 2021     H 13:53     A ALAIN YAMEOGO     C 0 messages



Il a été révélé au grand public burkinabè à travers son titre SOS pour le Burkina après l’insurrection populaire de 2014 au Burkina Faso. Alphonse Sana Kaboré (petit Docteur) et aujourd’hui Grand Docteur se réclame artiste musicien reggae man engagé, qui met sa musique à la conscientisation des populations et à l’alerte des décideurs politiques. Membre du conseil d’administration du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA), Grand Docteur dans un entretien à la rédaction www.touteinfo.com revient sur la recomposition de la classe politique, l’actualité nationale et aussi sa carrière artistique ainsi que ses rapports avec les traditions africaines.

TOUTE INFO : Vous avez été révélé au public avec votre titre « SOS pour le Burkina » qui a été fait après l’insurrection. Qu’est-ce qui vous a motivé à composer ce titre ?

GRAND DOCTEUR : Après l’insurrection, j’ai fait deux titres qui sont SOS et Baraka. SOS pour le Burkina, c’était pour amener le peuple burkinabè à se mettre dans la tête que personne ne viendra de l’autre côté pour nous sauver. Il faudra que nous, les frères et sœurs de ce pays, soyons unis, que nous nous disons la vérité sur ce qui est positif, négatif, et nous pardonner afin de pouvoir avancer. Ce titre c’est pour inviter les Burkinabè à prendre leur destin en mains.

TOUTE INFO : Vous étiez aussi dans la dynamique de la lutte contre la modification de l’article 37, est-ce qu’aujourd’hui vous êtes satisfait de la gouvernance actuelle ?

GRAND DOCTEUR : Je fais partie des artistes qui ont pris ce combat à bras le corps. J’ai composé mon premier titre contre le pouvoir à vie où j’ai baptisé le titre « pouvoir à vie ». C’était en 2011 et dans la chanson j’ai dit : présidents africains, je suis fatigué. Trop de corruption, trop de dictature, les changements de constitution entrainent des coups d’Etat, pouvoir à vie, pouvoir à vie, l’Afrique en retard. Pouvoir de père à fils nous sommes fatigués… Et à cause de ce titre j’ai failli perdre ma vie. Dès la sortie de l’album, le jour de la dédicace, mon domicile a été visité par des hommes de tenue. Ils sont venus pour m’attraper et heureusement je n’étais pas à la maison. Ils forçaient ma femme à dire que je suis à la maison pourtant je n’y étais pas et grâce à ses cris les voisins sont venus et ils ont fait demi-tour. J’ai reçu des menaces par coups téléphoniques, des intimidations. J’ai dû envoyer ma famille au village et elle y est restée un an. Et moi-même, à un moment donné, j’ai quitté mon domicile pour habiter chez un ami à Arbolé et de là-bas je suis allé à Magkoédougou, tout ça c’était pour me sauver la vie. Mais à un moment donné je suis revenu pour continuer ce combat et j’ai composé un titre « non à l’article 37 ».

TOUTE INFO : On sait que vous avez bien participé à la lutte, est-ce qu’aujourd’hui vous êtes satisfait de ce combat, est-ce que vous êtes satisfait du Burkina Faso post insurrection ?

GRAND DOCTEUR : Je suis à 90% satisfait. Prenons quelques exemples : au temps du pouvoir de Blaise Compaoré, si une femme est enceinte, pour aller en consultation, si elle n’a pas les 50 francs pour payer les gants, on ne la consulte pas. La consultation était payante. L’opération, était payante. J’ai vu des gens vendre leur bœuf à 400 000 francs pour venir faire l’opération de leurs femmes à Ouagadougou. Mais aujourd’hui, les enfants de 0 à 5 ans, même s’il y a des voleurs qui détournent les produits à d’autres fins, sont soignés gratuitement. Tout n’est pas parfait mais ça facilite un peu la tâche et les femmes peuvent témoigner.

Avant on faisait des infrastructures sans caniveaux et avant même la réception c’est gâté et personne ne s’en inquiétait. A ce niveau également on constate un changement. Sur le plan judiciaire, aujourd’hui, même les riches font attention aux pauvres. Tu ne peux plus dire à quelqu’un est-ce que tu sais qui je suis parce qu’on a vu des ministres qu’on a emprisonnés ici. Tout ça c’est le fruit du combat.

TOUTE INFO : Grand Docteur vous parlez des infrastructures mais on voit que les gens dénoncent encore la corruption, l’affaire charbon par exemple ?

GRAND DOCTEUR : Voilà pourquoi je n’ai pas dit 100% satisfait. Nous sommes toujours dans le combat. J’ai fait un nouvel album « Ma lettre au Président ». Il faut écouter ma lettre au président, vous comprendrez pourquoi j’ai dit 90% satisfait. J’ai dit monsieur le président nous vous faisons entièrement confiance mais sachez que nous n’allons pas vous suivre comme des aveugles. Si les choses se ressemblent, la fin sera toujours la même chose. C’est pourquoi il faudra lutter contre la corruption, le détournement de deniers publics, mettre la jeunesse à la place qu’il faut. On ne doit pas nommer des gens parce qu’ils ont financé ma campagne ou par affinités mais parce qu’ils sont capables. Il y a encore un combat à mener.

TOUTE INFO : Vous l’avez constaté, après les élections de novembre 2020, il y a eu un chamboulement dans la classe politique burkinabè. Une nouvelle alliance UPC-MPP est née, quel est votre avis ?

GRAND DOCTEUR : Si tu étais UPC et tu insultais le pouvoir, tu ne saluais pas ton voisin parce qu’il est MPP. Aujourd’hui, le patron de l’UPC est avec le MPP, toi tu fais comment avec ton voisin ? C’est pourquoi je suis en train d’organiser une tournée dénommée la conciliation. Cette tournée c’est pour dire à la jeunesse, aux Burkinabè de ne pas se laisser embrouiller par la politique. La politique passe mais nous on reste. Les hommes politiques passent mais le village, la commune, la province, la région, le Burkina Faso restent. Nous devrons dépasser la politique pour que la commune puisse avancer car les divisions n’ont jamais fait avancer un pays. Là où moi je vais passer si un politicien revient il ne pourra pas diviser un « MPPiste » et « CDPiste » pour mieux régner parce que le message que je vais passer est un message de prise de conscience.

GRAND DOCTEUR : Vous savez, la politique c’est comme un concert. Quand ça finit, tout le monde rentre chez soi mais eux ils s’appellent pour se partager les postes mais si nous on les laisse nous diviser on ne gagne rien, c’est encore eux qui gagnent.

TOUTE INFO : D’autres disent que les gens vont dans la majorité pour se partager l’argent, ils y vont parce qu’il y a la soupe, qu’est-ce que vous en pensez ?

GRAND DOCTEUR : La politique au Burkina Faso, c’est des intérêts. Et aussi les hommes politiques ont compris le peuple. Pourquoi les Sankaristes se sont ralliés au MPP ? Ils ont bien étudié l’esprit des Burkinabè. Ils se sont dits, logiquement si on voulait un changement, Maitre Bénéwendé Sankara devrait être le Président à la place de Roch Kaboré. Si on voulait vraiment le changement radical comme on le criait, on aurait donné le pouvoir à Maitre Sankara puisqu’il était isolé. Et comme le peuple a choisi le programme de société de MPP, les Sankaristes ont décidé de rejoindre le meilleur programme de société pour soutenir le changement.

L’UPC n’avait pas compris cela. Avec les dernières élections, ils ont compris que s’ils restent dans l’opposition même à cent ans ils ne vont jamais arriver au pouvoir. En Afrique c’est l’argent qui donne le pouvoir comme l’a dit le président gabonais, Omar Bongo, « On ne peut pas être avec l’argent en Afrique et perdre le pouvoir ». En 2015 si le MPP n’avait pas l’argent, il ne passait pas.

Les politiciens sont en train de lire l’esprit des Burkinabè et si on ne fait attention on risque de se retrouver dans une sorte de partie unique. Nous n’avons plus une opposition forte capable de mettre la pression sur le pouvoir en place, et dans un pays où il n’y a pas une opposition forte c’est difficile d’avancer.

TOUTE INFO : Sur les réseaux sociaux, on voit que vous êtes un fervent défenseur de la tradition, des valeurs africaines contre la civilisation occidentale. Est-ce une façon de dire aux gens de revenir à la source et adorer les fétiches ?

GRAND DOCTEUR : Je ne demande pas aux gens de revenir à la source ou d’adorer les fétiches mais je demande aux gens de faire recours à la source. C’est-à-dire qu’il ne faut pas qu’on n’oublie qu’avant que nous sachions que l’homme blanc existe nos parents vivaient bien ici en Afrique. Dieu leur a envoyé une langue pour parler, le souffle pour respirer, l’eau pour boire, l’intelligence de savoir que si le ventre de la femme devient gros ce n’est pas une maladie, il leur a aussi donné l’intelligence de savoir comment on coupe le cordon ombilical lorsqu’une femme accouche. Avant l’arrivée de l’homme blanc, nos parents savaient que quand on est malade il faut se soigner, qu’est-ce qu’on peut ou ne doit pas manger.

Aujourd’hui, l’homme blanc ne peut pas venir vous dire que ce n’est pas normal et vous allez croire à cela, jusqu’à on vous impose même une langue pour prier Dieu. C’est une insulte à l’intelligence d’un homme intelligent. On insulte même Dieu qui nous a créés. Mais la nouvelle génération doit changer tout. Nous devons maintenant écrire notre propre histoire, la vraie pour que nos enfants n’aient pas honte de se référer à leurs ancêtres. Quelqu’un a écrit notre histoire pour montrer que nos ancêtres étaient des sanguinaires, des barbares, des sorciers. Notre histoire telle qu’écrite fait peur à nos enfants et c’est pourquoi ils préfèrent s’identifier à Rambo, etc. qui, pour eux, sont des héros. Alors que nous avons aussi des héros en Afrique. On ne peut pas laisser notre Dieu et aller mendier les dieux des autres. Mettez-vous à la place de nos ancêtres, qu’est-ce qu’ils vont vous dire. Tous ce qu’ils vous ont donnés, vous ne croyez pas. On vous a dit que Jésus a marché sur l’eau, vous dites oui c’est vrai. Mais si on dit Diaba Lompo a marché sur l’arbre vous commencez à dire est-ce que c’est vrai ? Nous avons une dépigmentation mentale .Nous ne croyons plus à nous-mêmes .Nous sommes des noirs mais on vit comme des blancs .Donc il faudra des gens comme moi, comme les KPG et autres pour faire un front pour que le message passe afin que la façon dont nous respectons l’Islam et le Christianisme que à leur retour, ils respectent la tradition.

Il faut des gens comme moi, comme KPG et bien d’autres défenseurs des traditions pour faire un front pour que le message passe afin qu’eux aussi, en retour, respectent nos valeurs, la tradition comme nous respectons le christianisme et l’islam. Il faut que cela soit vice-versa. Il faut donc remettre l’histoire à sa place.

TOUTE INFO : Pour terminer, quelles sont les actualités de Grand Docteur ?

GRAND DOCTEUR : A l’heure actuelle, mon programme c’est la tournée des 12 concerts. La tournée va débuter en fin du mois d’avril parce que j’ai un concert le 24 avril 2021 au CENASA. Je serai le représentant du Burkina Faso à Abidjan en cette année 2021 pour le Yop reggae festival. Il y a également une tournée avec un artiste ghanéen en vue. Et mon album « La parole » fait partie des CD les mieux vendus au BBDA donc je peux dire que ça va. Je peux donc remercier les ancêtres pour leur accompagnement.

Propos recueillis par Alain YAMEOGO et Jean Babehinibè KAMBOU

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